Serre-Vie
Centre de services scolaire de Laval
Des élèves engagés à découvrir la culture maraîchère et à redistribuer quelques milliers de kilos de nourriture à la communauté
Il faut parfois redoubler d’ingéniosité pour élaborer des projets qui donnent le goût aux adolescents de persévérer à l’école et même de s’y impliquer. À l’école secondaire de Cabano, René Beaulieu et Eric Forcier, deux membres de l’équipe-école, ont choisi le chemin de « l’estomac » pour arriver à leurs fins. Avec le projet Serre-Vie, ils ont bâti une serre de 3 250 pi2, aménagé un jardin extérieur de la même grandeur et élaboré un programme d’initiation à l’horticulture afin d’amener les jeunes à prendre en charge eux-mêmes la production maraîchère. Résultat? À leur première année de production, les élèves ont récolté plus de 2 700 kg de légumes, qu’ils ont consommés et redistribués dans la communauté. Un franc succès!
C’est pour favoriser les saines habitudes de vie tout en améliorant l’accès à de la nourriture saine que les deux collègues ont remué ciel et terre pour donner forme à la Serre-Vie. Tout a commencé en 2012. À ce moment, ils ont proposé le projet aux jeunes et plusieurs d’entre eux ont manifesté un fort intérêt. De premiers tests, effectués en classe, ont donné une réponse positive. Le plus difficile était à venir : trouver les partenaires essentiels à la réalisation de l’ambitieux projet. En janvier 2014, grâce aux 130 000 $ amassés en dons et en commandites, le projet a enfin pu être amorcé.
« Nous avons commencé les activités avec une trentaine de jeunes. Ils se sont occupés des semis et, dès que la serre a été fonctionnelle, nous y avons tout transféré. Nous avons opté pour une culture en chaudière, afin de montrer aux élèves qu’il leur était possible de reproduire l’expérience à la maison et d’y cultiver leur nourriture. Dans la serre, nous avons eu 650 plants de tomates, de concombres et de poivrons. Et dans le jardin, une grande quantité de carottes. C’est impressionnant de voir à quel point les jeunes se sont investis dans le projet », raconte Eric Forcier, technicien en travaux pratiques et coresponsable du projet.
C’est justement là que se trouve toute la valeur ajoutée du projet. Même s’il a été conçu initialement, vu sa complexité, par des adultes, les jeunes sont en train de récupérer presque toute sa gestion. Récemment, la Serre-Vie a aussi donné naissance à une coopérative étudiante qui veille à la production de fines herbes et de fleurs. Ces produits sont ensuite revendus à différents groupes étudiants qui, en les vendant à leur tour, financent leurs activités parascolaires.
« Je viens d’une famille d’agriculteurs et j’ai toujours aimé travailler dans les champs. En m’impliquant dans ce projet, j’ai trouvé une nouvelle motivation pour venir à l’école. Il y a aussi toute la notion de redonner à des organismes du milieu qui est stimulante. Ça nous permet de nous rendre utiles », fait valoir Émile Ouellet, élève de 17 ans et président de la coop étudiante.
Pour atteindre cet objectif de partage, le projet a pris un nouvel essor cette année. D’une part, le nombre de plants mis en chaudière a augmenté de moitié et la superficie du jardin extérieur a été doublée. Ainsi, les agriculteurs en herbe espèrent produire près de 5 000 kg de légumes. À l’automne dernier, les jeunes ont ajouté un autre volet à leur projet en plantant des arbres fruitiers. Au total, 18 arbres (pommiers, poiriers et pruniers) ont été mis en terre à proximité de la serre.
« Le projet est en constante évolution. Il prend la forme que les jeunes veulent lui donner. C’est même devenu un projet communautaire. Il n’est pas rare de voir des résidants venir nous aider. Cela avait été la même chose pendant la construction de la serre. L’an dernier, aux récoltes, ce sont tous les élèves de l’école qui ont mis la main à la pâte. Globalement, nous avons permis aux jeunes d’aider plutôt que d’être aidés. Je crois que c’est réussi », conclut M. Forcier.