Une enseignante engagée à  créer les conditions gagnantes afin de permettre à  des jeunes en difficulté d'apprécier l'école

Dès sa 4e année du primaire, Nathalie Boucher savait qu’elle travaillerait un jour auprès d’une clientèle en difficulté d’apprentissage. L’an dernier, l’enseignante en adaptation scolaire à  l’École de l’àŽlot-des-Appalaches, un établissement secondaire associé au Centre jeunesse Chaudière-Appalaches, célébrait ses 25 ans au sein de cet établissement. Vingt-cinq ans au cours desquels la ferveur de l’enseignante envers ses élèves ne s’est jamais affaiblie. La recette de son succès : demeurer authentique, écouter les jeunes, et surtout faire preuve d’une grande créativité pour les intéresser à  leur réussite scolaire et sociale.

Imaginez un peu ce que cela signifie pour des jeunes habituellement confinés à  leur centre d’accueil de pouvoir se rendre à  la patinoire une fois par semaine, de visiter la bibliothèque municipale, d’aller cueillir des pommes ou même de faire l’épicerie pour leur projet de cuisine scolaire. Ce sont des choses de prime abord très simples, mais qui permettent à  Nathalie de sortir des cadres habituels de l’enseignement pour atteindre ses objectifs éducatifs. Ces sorties signifient beaucoup pour les jeunes qu’elle appelle affectueusement ses « petits cocos ».

Cela a été la même chose quand elle a convaincu ses collègues de la pertinence de son projet Le Cirque de l’espoir. Elle voulait offrir à  ses élèves l’occasion d’apprendre autrement. Il a fallu aménager les horaires différemment, chercher du financement, acheter du matériel nécessaire aux arts du cirque, impliquer de nombreux membres du personnel et, élément clé pour les jeunes, leur faire suivre des ateliers de formation et visiter l’École de cirque de Québec.

« Ce projet qui se voulait une façon de développer leurs habiletés sociales leur a même permis de se produire sur une scène devant 200 personnes lors d’une soirée-reconnaissance. Une belle réussite qui leur a donné une raison d’aimer l’école », indique l’enseignante.

C’est justement pour intéresser les jeunes à  l’école que Nathalie est devenue une véritable référence en Adaptatic (l’art de mettre les technologies de l’information au service de l’adaptation scolaire), offrant même des formations à  ses collègues. Dans sa classe, grâce à  son intervention, chaque élève bénéficie d’un ordinateur portable et peut s’en servir pour réaliser des projets dans plusieurs matières.

« Il arrive régulièrement que mes élèves me demandent de rester pendant les pauses ou les heures de repas pour poursuivre un montage vidéo ou la réalisation d’une présentation. Parfois, il y en a aussi qui me disent qu’ils ont passé la fin de semaine à  prendre des photos pour leur projet plutôt que de traîner avec des mauvais amis. Ils canalisent ainsi leur énergie aux bons endroits et se donnent la chance de réussir », raconte Nathalie.

Pour Nathalie Boucher, choisir d’enseigner à  des élèves vivant dans un centre jeunesse, c’est accepter de faire face à  des histoires de vie parfois effrayantes, et accepter de mettre de côté du temps d’enseignement pour aider à  calmer un garçon en crise ou pour écouter une fille en pleurs. Cette année encore, les neuf élèves de 12 à  14 ans qui composent sa classe représentent en fait, selon les normes de la commission scolaire, l’équivalent de trois élèves chacun. Là  où plusieurs y verraient une tâche insurmontable, elle voit le défi de se dépasser pour ces jeunes marqués par la vie.

« àŠtre vrai est le meilleur comportement à  adopter. Et il faut les accepter inconditionnellement et rester positif malgré tous les problèmes qu’ils ont vécus et qu’ils vivent encore. Quand, à  travers mes initiatives et mes projets, je vois que je les touche, que je les aide à  comprendre et à  apprendre, je me dis que j’ai réussi et cela me donne le goût de continuer », conclut Nathalie.