Des élèves engagés à  déceler et à  dénoncer toute forme d'intimidation afin de rendre l'école agréable pour tous

L’utilisation d’un sobriquet réducteur, la petite poussée régulière dans les vestiaires ou la même blague sur l’aspect physique lancée encore et encore : l’intimidation prend de multiples formes dans les écoles secondaires. Le résultat? Certains jeunes perdent le courage de se présenter en classe, et d’autres sont poussés à  commettre des actes plus destructeurs. À la Polyvalente de L’Ancienne-Lorette, des intervenants ont parié qu’à  travers le regard des élèves eux-mêmes, il serait plus facile de découvrir les victimes d’intimidation et par conséquent d’intervenir efficacement. Ainsi, depuis trois ans, dans un parfait anonymat, la brigade Les A.S. (Aidants secrets) observe et dénonce, et elle contribue à  rendre l’école plus agréable pour tous.

« Je n’ai jamais vécu d’intimidation moi-même, mais quand j’ai su que plusieurs jeunes pouvaient en souffrir au point d’avoir peur de venir à  l’école, j’ai pensé qu’il était important pour moi de participer à  ce projet et d’aider d’autres élèves, sans même qu’ils le sachent, à  ne plus vivre de telles épreuves », indique Jennifer*, une élève de 4e secondaire recrutée par Les A.S. cette année.

Il faut bien comprendre que le succès de la brigade repose essentiellement sur son caractère anonyme. D’ailleurs, la grande majorité des élèves de l’école ignorent complètement l’existence de ces « aidants secrets ». Sans cela, ceux-ci pourraient être rapidement reconnus par ceux qui intimident et ne pourraient plus remplir leur rôle adéquatement.

« Chaque printemps, nous invitons tout le personnel de l’école à  trouver des leaders positifs. Puis, à  la rentrée scolaire suivante, nous les convions tous à  une séance d’information privée, nous leur présentons le projet et nous invitons ceux qui en ont envie à  se joindre aux A.S. À ceux qui refusent, nous demandons d’oublier cette rencontre. Chaque année, nous avons entre 18 et 20 jeunes, de la 2e à  la 5e et de différents horizons », explique Geneviève Rouillard, éducatrice spécialisée, qui est l’une des quatre responsables du projet.

Deux fois l’an, les membres de la brigade reçoivent une formation spécialisée sur l’entraide, ce qui les aide à  remplir leur rôle de témoins actifs. Toutes les trois semaines, le groupe se réunit pour discuter et analyser des cas susceptibles d’être dénoncés, cherche des solutions et décide de la marche à  suivre. Lorsqu’il est jugé nécessaire d’intervenir, les adultes s’en occupent. À travers le processus d’intervention et au gré des rencontres, les membres de la brigade obtiennent un suivi concernant les dossiers précédemment ouverts. Cela leur permet de comprendre la nécessité de leur travail et de constater les effets bénéfiques qu’ils peuvent avoir dans la vie d’autres adolescents.

« Je sais qu’il y en a dont cela a changé la vie. Nous observons une différence dans leur attitude. Le plus drôle est qu’ils ignorent totalement qu’à  la base, la dénonciation peut venir de nous », précise Jennifer.

« Il s’agit d’un pur geste d’altruisme, complètement dénué d’une attente de reconnaissance. C’est tout à  l’honneur de nos jeunes membres du groupe », renchérit l’éducatrice spécialisée.

Chaque année, la composition de la brigade diffère. Parfois, quelques jeunes réitèrent leur engagement, mais c’est plutôt rare. Cela crée en quelque sorte un effet multiplicateur sur la sensibilisation des élèves au phénomène de l’intimidation. Ceux qui ne font plus partie de la brigade n’en demeurent pas moins une force active d’intervention et peuvent en tout temps mentionner des cas d’intimidation aux responsables du projet.

« La formule est éprouvée et elle fonctionne, nous le constatons année après année. Nous avons même présenté le projet dans d’autres écoles. J’espère que cela pourra inspirer certaines d’entre elles et les convaincre d’aller de l’avant », conclut Geneviève Rouillard.

 

* Prénom modifié afin de préserver l’anonymat de l’adolescente.