Des élèves engagés à  dénoncer les injustices sociales et à  sensibiliser leur communauté aux droits de la personne

Il faut parfois savoir frapper l’imaginaire pour conscientiser les gens à  des réalités bien éloignées de leurs préoccupations quotidiennes et générer une action concrète. Les élèves membres du comité Amnistie internationale de l’école secondaire Les Etchemins (ESLE) l’ont bien compris. En créant un « couloir de la mort » dans le sous-sol de leur école à  l’occasion de l’Halloween, ils ont voulu sensibiliser les élèves aux méthodes barbares de mise à  mort encore utilisées dans certains pays et ainsi amasser le plus de signatures possible sur une pétition demandant l’abolition de la peine de mort. Plus de 300 personnes ont uni leurs voix en ce sens.

Bien que l’initiative puisse sembler un peu extrême de prime abord, il n’en demeure pas moins que la mise en scène adoptée permettait de transmettre efficacement le message. C’est en découvrant l’histoire de Moses Akatugba, un Nigérien de 16 ans arrêté en 2005 pour le vol d’un téléphone et condamné à  mort après avoir fait des aveux sous la contrainte, que les élèves de l’ESLE ont décidé de mettre sur pied cette activité inhabituelle.

« Tout au long du couloir, il y avait différentes stations où étaient présentés les types de mise à  mort, comme la chaise électrique, l’injection létale, la pendaison et la décapitation. À la fin, il y avait un condamné qui, plutôt que d’être exécuté, lançait un appel à  la solidarité et à  la justice. C’est là  où on demandait aux visiteurs de signer la pétition », raconte Philippe Paquet, élève de 4e secondaire et porte-parole du projet.

Le jeune garçon explique aussi que ce coup d’éclat a permis au comité Amnistie internationale ESLE, composé cette année de nouveaux jeunes, de mieux se faire connaître et surtout d’intéresser de nombreux autres élèves à  son action, pour ainsi structurer un réseau de bénévoles.

Par la suite, le comité s’est affairé à  mettre au point une campagne de signature de cartes de souhaits pour le temps des Fêtes destinées à  des prisonniers politiques à  travers le monde : Raà¯f Badawi en Arabie saoudite, Daniel Quintero au Venezuela et Omar Khadr au Canada. À cette occasion, ils ont emprisonné, l’espace d’une journée, une personne en plein cœur de l’endroit le plus passant de l’école. Pour la libérer, il fallait que les cartes de vœux s’accumulent. Plus de 400 cartes ont été signées… et la personne a été libérée. « En ajoutant une mise en scène à  notre action, nous permettons aux gens de mieux comprendre ce à  quoi sert le geste qu’ils s’apprêtent à  faire. Nous sommes d’ailleurs toujours à  la recherche de bonnes idées pour inviter les jeunes à  s’engager », fait valoir Philippe.

En janvier, le comité a spontanément décidé de prendre part à  une vigile organisée devant le parlement de Québec et ayant comme objectif de dénoncer la condamnation de Raà¯f Badawi. Au pied levé, les élèves ont pu réunir 35 personnes pour témoigner leur solidarité à  M. Badawi. « On ne lâchera pas tant que nous n’aurons pas été entendus et que Raà¯f n’aura pas été libéré. Nous préparons d’ailleurs, pour le printemps, un autre coup d’éclat, qui devrait même avoir des échos, nous l’espérons, dans les médias », indique le porte-parole, qui ne veut pas trop en dire sur la teneur de l’événement.

Aux yeux de l’animatrice de vie spirituelle et d’engagement communautaire de l’école, Sylvie Pruneau, la conviction avec laquelle les nouveaux membres du comité Amnistie internationale ESLE échafaudent leurs actions dénote un haut niveau d’engagement et une volonté ferme de changer les choses.

« Ils ne reculent devant rien. Ils ont fait la tournée des classes pour parler de leurs projets, placardé des affiches, recruté des bénévoles et utilisé les médias sociaux pour communiquer. Cette implication bénévole a de l’impact et c’est tout à  leur honneur », témoigne-t-elle.