Au cours d’un stage à l’école secondaire de la Montée, à Sherbrooke, Kate Harbour, étudiante en enseignement à l’Université de Sherbrooke, a utilisé le *slam* — une forme récente de poésie urbaine apparentée au rap — pour aider plus de 90 élèves en difficulté à perfectionner leur compétence à communiquer oralement. « Il est déplorable que la compétence orale soit seulement évaluée sans faire l’objet d’un réel enseignement », croit-elle. Voilà une façon originale de jumeler l’utile à l’agréable.

« Dans un contexte scolaire où le taux de décrochage est élevé, il faut trouver des vecteurs de réussite afin de raccrocher les élèves qui dérivent vers l’échec. Pour faire vivre des réussites à mes élèves et ainsi leur faire croire en leur capacité de réussir, j’ai mis sur pied un projet engageant qui a favorisé leur implication et su capter leur intérêt », indique l’étudiante universitaire.

Pour y parvenir, Kate a créé des ateliers destinés à faire travailler les différentes composantes de la communication orale et à les perfectionner : intonation et expressivité, débit et rythme, articulation et prononciation. Par exemple, à l’aide de YouTube, elle leur a fait découvrir le langage « explorène » de Claude Gauvreau et l’a utilisé comme exercice de prononciation. Puis, les jeunes ont dû interpréter *Cyrano de Bergerac* pour travailler l’intonation. Un atelier servait aussi à démystifier le trac.

« Je les amenais à travailler leur confiance en eux en les faisant bouger et s’exprimer devant la classe de diverses manières, en les sortant progressivement de leur zone de confort. Certains se sont découverts des talents en création littéraire, d’autres en interprétation ou en improvisation. Plusieurs ont appris à s’affirmer davantage. »

Les élèves ont ensuite été invités à composer leur propre slam. Pour les initier à cet art oratoire, Kate a fait appel au slameur professionnel Frank Poule. Celui-ci a préparé une vidéo qui, avec humour, montrait la bonne manière de slamer : il y présentait un « mauvais slam » et, en contraste, une prestation renversante pour mettre en évidence les points à travailler.

Au terme du projet, une douzaine d’élèves a eu le privilège de participer à une émission de radio diffusée sur les ondes d’une station communautaire de Sherbrooke. « En slamant leurs émotions et leurs valeurs devant un public, ces jeunes peuvent aussi faire réfléchir certaines personnes et les sensibiliser à leur réalité. De plus, aux yeux des autres élèves de leur âge, ils deviennent des modèles de réussite qui les encourageront à se prendre en main et à se surpasser à l’école », fait valoir Kate.

La directrice adjointe de l’école de la Montée, Martine Pariseau, renchérit : « Ce projet a permis aux élèves d’améliorer leur estime de soi, de se préparer à faire face au monde de demain — où la communication orale sera omniprésente — et d’exprimer leurs sentiments. Grâce à cette initiative, des élèves deviendront de jeunes adultes engagés, confiants et capables de s’exprimer adéquatement. »

Elle a aussi de bons mots pour l’instigatrice du projet : « Elle a su présenter des activités pédagogiques de très grande qualité et créer un lien relationnel fort avec tous ses élèves. Elle est un modèle pour nombre de ses collègues. »