
Lorsqu’un auteur publie un livre, l’histoire qu’il raconte ne prend véritablement son envol qu’à travers les yeux et l’esprit d’un lecteur. Sans lecteur, il n’y a pas d’histoire. C’est justement pour permettre à de nombreuses histoires de prendre leur envol à travers les yeux du plus grand nombre de lecteurs possible que trois étudiantes de l’Université Laval ont mis sur pied le projet Librez les livres. Inspirées du concept de *bookcrossing*, les étudiantes ont ainsi voulu favoriser la rencontre inattendue d’un passant et d’un livre.
Lancé en 2001, le concept du *bookcrossing* repose sur la volonté de faire voyager un livre en le libérant dans la nature. À partir d’un site Web, le libérateur inscrit son livre, obtient une étiquette, l’appose sur l’ouvrage qu’il laisse ensuite à l’endroit de son choix, espérant pouvoir suivre sa progression en ligne. En ce qui concerne le projet de Gabrielle Brisebois, Catherine Blaquière et Mélise Brisebois, Librez les livres, en plus de permettre à des lecteurs de s’approprier un ouvrage sans contrainte de temps ni de lieu pour ensuite le « relâcher », innove sur plusieurs aspects.
« L’originalité du projet vient du fait que nous avons réussi à le démarginaliser pour le rendre facilement accessible à toute la communauté. En invitant les individus, les commerces et les différents groupes de la ville à s’allier, nous avons créé un mouvement novateur et organisé », indique Gabrielle Brisebois.
S’étant tout simplement donné comme mission de répandre des livres afin de favoriser la lecture, de diffuser la culture et d’inviter les gens à communiquer leur amour du livre en le partageant, Librez les livres connaît, depuis sa création en 2011, un essor certain. Jusqu’à présent, la ville de Québec compte déjà près de 25 points de partage officiels, principalement des cafés, restos, pubs et lieux d’étude.
« À ce jour, plus de 4 000 livres se sont retrouvés en circulation seulement dans la ville de Québec, et le projet grandit sans cesse », précise la porte-parole, qui ajoute que l’initiative s’établit graduellement ailleurs au Québec, comme à Montréal, Rimouski et Saint-Georges, ainsi qu’à l’étranger, ayant trouvé une antenne à Ajaccio, en Corse.
Tout comme le concept initial, Librez les livres mise sur Internet ([www.liberezleslivres.com](http://www.liberezleslivres.com)) et les réseaux sociaux afin de faire rayonner le projet le plus possible. Également, les initiatrices ont obtenu une visibilité de choix en prenant part à l’événement « Liberté ! Liberté ? » organisé au Musée de la civilisation de Québec en novembre dernier, puis, plus récemment, en présentant l’initiative lors de la Nuit de la création tenue au Musée national des beaux-arts du Québec. À ces deux occasions, plusieurs centaines de personnes ont pu découvrir le projet et même s’approprier, à leur tour, l’espace d’une lecture entière : un livre qu’elles ont ensuite — c’est du moins ce qui est souhaité — remis en liberté.
« Notre projet permet à un public varié d’avoir accès gratuitement à diverses œuvres littéraires. Sa simplicité lui confère une grande envergure et des coûts de fonctionnement très bas, ce qui en fait une initiative particulièrement ingénieuse qui perdurera dans le temps », fait valoir Gabrielle Brisebois.